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Yvan%20Pedneault
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mercredi 13 février 2008

L'égalité entre les genres: loin d'être atteinte

Lena Levinas explique dans «L’égalité devant soi: sexes, rapports sociaux et développement international» que ce que l’on considère comme étant des éléments nouveaux constituant une force pour ce qui est des mouvements sociaux brésiliens est perçu de façon négative pour le mouvement féministe. Ainsi, le fait que les mouvements sociaux brésiliens soient centrés autour de revendications politiques non institutionnalisées : le quotidien, l’espace politique et privé, le vécu, la défense de nouvelles valeurs, et qui seraient perçues de façon négative pour les mouvements féministes. Elle aborde aussi la question des mouvements sociaux féminins qui ont tendance à s’atomiser, que chacune tend à se situer de manière isolée par rapport à ses pairs.

On peut établir un point de comparaison avec la troisième vague féministe. Certaines femmes refusent carrément de s’identifier à ce mouvement, même si elles ont souvent les mêmes revendications. La connotation négative du terme semble en quelque sorte nuire aux luttes féminines. La troisième vague du féminisme, que l’on dit plus institutionnalisée, voit aussi apparaître sur le terrain une forme d’atomisation. Les luttes sont souvent individualisées et sont souvent centrées autour de problématiques précises. Certaines personnes considèrent que l’égalité est déjà atteinte. Ce mythe bien implanté est renforcé par l’idée que «nous sommes tous des citoyens égaux», par l’individualisation des luttes et par la connotation négative du terme. Aussi, le fait que les rapports de genres ne soient pas explicités en tant que rapports sociaux ralentit la prise de conscience des inégalités entre les rapports de sexe et de genre. C’est ce qui, à mon avis, fait dire à certaines personnes que le mouvement féministe n’aurait plus sa raison d’être aujourd’hui. Les inégalités, pourtant bien là, sont rendues invisibles sur le plan social en raison de tous ces mythes.

D’autres fois, elles sont bien visibles, mais elles sont présentées comme faisant partie d’un autre monde, loin de chez nous. Ainsi, le 23 janvier dernier, en l’espace d’une heure et demie d’écoute télé, trois «séquences télé» (je zappais) ont fait état d’inégalités entre les hommes et les femmes. D’abord, dans une première séquence, on voit une jeune femme canadienne d’origine iranienne qui raconte les événements l’ayant conduite en prison dans son pays d’origine et ce qu’elle y a vécu. Elle raconte les cris des femmes que l’on battait et que la raison officielle était qu’elles avaient «compromis l’ordre public en revendiquant l’égalité entre les hommes et les femmes». Puis dans la seconde séquence, on parle de la «journée clinique de santé» organisée par les Forces Armées Canadiennes en Afghanistan. À un moment donné, un militaire explique qu’ils ont dû «séparer les hommes et les femmes dans la file d’attente sans quoi, lors de la prochaine journée organisée, les hommes empêcheraient les femmes de revenir». Puis, dans une troisième séquence, on apprend qu’une télé-réalité a été tournée dans le Canada anglais pour le poste CBC «la semaine où les femmes sont parties». Cette série a pour objectif de démontrer ce que les femmes font durant une semaine pour que les hommes aient à se débrouiller seuls. Je ne sais pas comment prendre cette télé-réalité : marque-t-elle encore plus la séparation des rôles féminins et masculins dans le cadre domestique, ou encore est-elle une façon de faire constater à tous l’ampleur des tâches «dites invisibles» que les femmes font?

Les deux premières séquences démontrent à mon avis que le féminisme a toujours sa raison d’être. Les inégalités sont bien présentes. Mais on n’a pas besoin de chercher aussi loin pour les voir.

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