Introduction Récemment, l’économiste allemand Stefan Klasen a estimé qu’il manquerait aujourd’hui 100 millions de femmes en Inde, au Pakistan et en Chine à cause de l'infanticide, de l'avortement et des négligences dont elles sont victimes. Ces absentes que l'économiste Amartya Sen, Prix Nobel d’économie en 1998, qualifie de «missing women», de «femmes manquantes». Le chiffre est effrayant. Cent millions de bébés sont tués avant ou après la naissance simplement parce qu'ils sont des filles, des "charges inutiles" pour la société.
Si certaines explications ont été trouvées quant à l’origine de ce phénomène, l’autre question qui demeure toujours est de savoir quelles seront les répercussions de ce manque de femmes. Dans un premier temps donc, je vous démontrerai l’ampleur de la problématique en Chine et en Inde, puis, je vous ferai part des différentes causes avancées pour expliquer ce phénomène. Enfin, j’aborderai avec vous les différentes répercussions qu’aura ce problème sur la société asiatique.
1. L’ampleur du phénomène Afin de bien comprendre l’ampleur du phénomène, il importe de rappeler certaines données démographiques mondiales. Ainsi, lorsque les hommes et les femmes sont traités sur un pied d’égalité, le taux de masculinité d’une population est censé connaître une légère majorité féminine. La Chronique du Centre Population et Développement, paru en mai 2006, indiquait qu’en Europe, par exemple, il y avait en 2005, 92,7 hommes pour 100 femmes dans l’ensemble de la population, alors qu’en Amérique du Nord, ce taux était de 96,9 hommes pour 100 femmes. En Asie, ce taux passe à 103.9 hommes pour 100 femmes. Ce taux de masculinité varie en fonction des naissances, de la croissance des populations, des comportements migratoires, de l’espérance de vie et du taux de mortalité. Pour arriver à un taux de masculinité «dit normal», c’est-à-dire lorsqu’il n’y a aucune forme d’intervention humaine venant perturber l’effet des données démographiques, on explique, dans la même revue, que la proportion des garçons à la naissance est légèrement supérieure à celle des filles dont le ratio se situe habituellement entre 103 et 106 garçons pour 100 filles, ce qui vient contrebalancer de manière naturelle la surmortalité des hommes qui est constaté habituellement à chaque âge de la vie. Ainsi, en 2000, on comptait à la naissance, 105,1 garçons pour 100 filles en Amérique du nord et 105,5 garçons pour 100 filles en Europe. Mais la situation est très différente lorsque l’on observe les différents pays d’Asie. En effet, la prépondérance masculine dans la petite enfance y est nettement plus prononcée. Ainsi, la démographe Isabelle Attané explique, dans le numéro 416 de la revue Populations et société paru en 2005, qu’en Chine, ce ratio est passé de 107 garçons pour 100 filles en 1982 à 111 en 1989 puis à 117 en 2000. La situation est encore pire dans certaines provinces chinoises, telles que le Jiangxi et le Guangdong, où il est né 138 garçons pour 100 filles, soit 30% de plus que la norme biologique. En Inde, cette proportion passe à 111 garçons pour 100 filles mais, entre 1998 et 2000, il est né 125 garçons pour 100 filles dans la province indienne d’Haryana. En 2005, la Chine comptait 12,8 millions de garçons de plus que de filles chez les moins de neuf ans.
2. Les sources du problème Il importe de rappeler les différents facteurs sociaux, culturels et économiques pouvant expliquer pourquoi les populations asiatiques discriminent ainsi leurs filles. Cependant, malgré le fait que la politique de l’enfant unique a pu être un facteur aggravant de la situation actuelle, elle ne peut expliquer à elle seule le problème de la masculinisation de la société asiatique. Cette politique chinoise qui obligeait les familles à n’avoir qu’un seul enfant a certainement contribué à renforcer le déséquilibre des sexes en Chine. Mais, cependant, ce déséquilibre est aussi apparu en Corée du Sud et à Taiwan, à la même époque et sans que la politique de l’enfant unique n’y soit implantée. Je ne crois donc pas que le contrôle rigide de la démographie soit la cause principale du phénomène des femmes manquantes. L’explication que j’avancerai tout au long de mon exposé est que la masculinisation de la société asiatique tiendrait en réalité de la combinaison de plusieurs facteurs, tels que la réduction de la taille des familles, la volonté d’avoir un garçon à tout prix, la valeur économique de l’enfant et la diffusion des moyens prénataux.
2.1. La réduction de la taille des familles Selon Gilles Pison, dans un article paru en septembre 2004 dans la revue Population et sociétés, l’un des facteurs qui expliquerait le déséquilibre entre les sexes en Chine est la forte diminution du taux de fécondité au cours des dernières années. En effet, au début des années 1960, les femmes avaient en moyenne près de six enfants et aujourd’hui elles n’en ont plus que moins de deux en moyenne. L’obligation et le désir d’avoir moins d’enfants tout en ayant au moins un garçon font que les couples ont tendance à vouloir déjouer le hasard afin de s’assurer d’avoir un enfant mâle à tout prix. Ainsi, les filles sont devenues indésirables parce qu’elles privent leurs parents d’avoir la possibilité d’avoir un fils. Cette chute de la fécondité aurait quatre causes : soit la hausse du coût de la vie‚ la montée du chômage‚ l'urbanisation des années 70‚ liées à l'émergence de la politique de l'enfant unique.
2.2. Un garçon à tout prix La société asiatique étant basée sur un système patrilinéaire favorisant le genre masculin à plusieurs niveaux, les familles tendent traditionnellement à préférer la naissance d’un garçon plutôt que celle d’une fille, perçue comme une malédiction. Plusieurs facteurs viennent renforcer cette tendance traditionnelle.
Ainsi, bien que, d’après la loi, la fille peut hériter des biens autant que le garçon, le nom continue de se transmettre de père en fils. Dans un article paru en juillet 2005 dans la revue L’Actualité, M. Zhao raconte que selon lui, «léguer ses biens à une fille, c'est jeter le patrimoine familial par la fenêtre. C'est même un outrage aux ancêtres!» dit-il. De plus, cette mentalité bien ancrée selon laquelle il faut un fils pour maintenir la famille, perpétuer son nom et en assurer la reproduction sociale et biologique, est renforcée encore par la religion. Ainsi, en Chine, à Taiwan et en Corée, l’absence d’héritier mâle signifie l’extinction de la lignée familiale et du culte aux ancêtres. En effet, dans la religion hindouiste, ne pas avoir de fils condamne les parents à l’errance éternelle, car c’est celui-ci qui, traditionnellement, est chargé des rites funéraires au décès des parents.
2.3. La valeur économique de l’enfant Tant en Chine qu’en Inde, la valeur économique de l’enfant entre aussi parmi les facteurs expliquant le déficit de femmes. En effet, le rôle primordial des fils dans le soin des personnes âgées peut être considéré comme l’une des causes majeures de la discrimination sélective à l’égard des chinoises. Marina Thorborg explique dans un numéro paru en 2004 de la revue Perspectives chinoises, que 90% de la population rurale ne bénéficient d’aucune aide pour le troisième âge, ce qui force la majorité des personnes âgées à continuer de travailler tant qu’elles sont encore valides, et ce, malgré l’assistance d’un fils, alors que celles qui n’en ont pas travaillent toutes. Ainsi, pour la majorité de la population vieillissante, il n’existe pas d’autre alternative dans un futur immédiat que de travailler aussi longtemps que possible, puis de s’appuyer sur son fils, puisque les filles ne peuvent pas, traditionnellement, tenir ce rôle. En effet, une fois mariées, celles-ci quittent leur famille et doivent se vouer à celle leur époux. L’expression selon laquelle «avoir une fille, c’est arroser le jardin du voisin» est d’ailleurs très répandue en Chine, tout autant que l’est la mentalité de M. Zhao qui ajoutait, toujours dans L’Actualité, que «les filles sont inutiles, puisque le jour où elles se marient, elles appartiennent à des étrangers».
Pour ce qui est de l’Inde, les chercheurs croient de plus en plus que les différents meurtres des femmes, autant des foetus que ceux des jeunes mariées, sont attribuables aux dépenses et aux exigences excessives pour la dot, malgré son interdiction officielle en 1955. Cette pratique de dot est toujours en vigueur et, en 2004, représentait, en moyenne, cinq fois le revenu annuel d’une famille. Cette charge des dots est la principale cause d’endettement des familles. Ainsi, en Inde, avoir une fille est considéré comme un mauvais coup du sort tandis que le mariage d’un fils implique une rentrée d’argent importante. Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, la classe sociale à laquelle la famille appartient a peu d’importance quant à la décision de garder ou non sa fille. Seule la façon de s’y prendre changera. Ainsi, dans le cas de l’Inde, ce sont les classes les plus favorisées économiquement et les plus instruites qui recourent le plus massivement aux méthodes de détermination prénatale du sexe de l’enfant à des fins d’avortement sélectif. De plus, le niveau d’autonomie acquis par la mère y apparaît également comme un facteur déterminant de la probabilité d’une naissance masculine, les femmes les plus autonomes recourant plus massivement aux avortements sélectifs que les autres. En Chine, ce sont les femmes les plus jeunes et les mieux éduquées qui recourent, notamment dans les villes, plus systématiquement aux méthodes de sélection prénatale du sexe de leur enfant. Cela ne signifie cependant pas que le reste de la population épargne ses filles, au contraire. En Chine, comme en Inde, la préservation du patrimoine économique familial ou de ses moyens de production, (en l’occurrence, le plus souvent, la terre) influe largement sur la décision de privilégier un fils à une fille. Ainsi il existe plusieurs incitations pour éliminer les petites filles. Je n’ai pas encore aborder les pressions sociales que peuvent supporter les femmes dans certains états asiatiques. Avortements forcés, obligation de sacrifier une fille… Regardez ce documentaire
La malédiction de naître fille.2.4. Quand une société se donne les moyens Le couple qui souhaite avoir à tout prix un fils et qui ne peut, ou ne veut, avoir qu’un nombre très limité d’enfants, va ainsi empêcher dans la mesure du possible la naissance d’une fille, ou, lorsqu’elle survient, tout faire pour qu’elle ne prive pas ses parents de la possibilité d’avoir un fils. Ainsi, les processus de discriminations surviennent à tous les stades et sont très variés. L’une des principales méthodes pour garantir la venue au monde d’un garçon consiste en la sélection prénatale de l’enfant. Dans les années 1970, une nouvelle méthode plus accessible que l’amniocentèse allait se répandre de façon dramatique en Asie. Rendant possible le diagnostic du sexe de l’enfant pendant la grossesse sans trop d’erreurs dès le troisième ou le quatrième mois, l’échographie allait servir par la suite à la prise de décisions en ce qui concerne les d’avortements sélectifs basés sur le sexe de l’enfant.
Lorsqu’une fille naît tout de même, certains couples se reprennent après la naissance. Les infanticides féminins dans les premiers jours de la vie sont très nombreux et sont souvent difficile à distinguer des décès accidentel. Parmi les autres façons de se débarrasser de la fillette, on retrouve l’abandon de l’enfant non désirée ou encore en lui assurant des soins moindres que s’il s’agissait d’un garçon (moins bonne alimentation, peu de soins de santé). Ce dernier mécanisme correspond à la surmortalité souvent observée parmi les petites filles. Comme il ne s’agit pas d’un geste actif, mais plutôt d’un effet de négligence, ses contours sont plus flous, son intensité moindre et il reste d’ailleurs souvent invisible, sauf par les données démographiques. Isabelle Attané explique, dans un article de la revue Populations et société paru en 2005, que la mortalité infantile, entre la naissance et le cinquième anniversaire, est supposée être plus forte chez les garçons que chez les filles en temps normal.
Cependant, en Inde, elle est 7% plus élevée chez les filles que chez les garçons; de 5% au Pakistan, et de 3% au Bangladesh. C’est toutefois en Chine que l’anomalie atteint son paroxysme puisque la mortalité infantile des filles est supérieure de 28% à celle des garçons. Selon la démographe et professeure d'études des femmes à l'Université de Jiaotong, Zhu Chuzhu, 14,6 fillettes en très bas âge meurent, contre 10 garçons. De plus, dans un rapport de l’OCDE rapportant une étude sur le Punjab, une province de l’Inde, il est démontré que les dépenses médicales pour les garçons sont 2,3 fois plus élevée que pour les filles.
3. Les répercussions de la masculinisation de la société asiatique L’enjeu démographique lié au déficit de filles est considérable. En effet, si, à l’heure actuelle, ce déficit concerne essentiellement les filles en bas âge, celui-ci se répercutera nécessairement sur l’ensemble de la pyramide des âges, au fur et à mesure qu’elles grandiront. L’une des conséquences les plus immédiates est aussi l’une des plus visibles : dès le milieu de la prochaine décennie, lorsque ces jeunes filles atteindront l’âge de se marier, elles ne seront inévitablement pas assez nombreuses pour la quantité de jeunes hommes cherchant une épouse. En Chine, ce déséquilibre des sexes sur le marché matrimonial se fera de plus en plus aigu à partir de 2010, avec un excédent d’homme qui pourrait atteindre les 20% en 2030. Et, selon certaines estimations, il y aura, en 2050, 65 millions d’hommes incapables de se trouver une épouse en Asie. De 30 à 40 millions de ces jeunes hommes sont en Chine. Mais, pour ne pas être considéré comme étant des «branches nues» dans l’arbre familial, ces jeunes célibataires sont obligés d’aller voir ailleurs, affirme le démographe Xie Zhenming. Selon plusieurs ONG, de nombreuses nord-coréennes et des vietnamiennes sont enlevées et vendues comme épouses à des paysans chinois. En Inde, des femmes sont aussi enlevées dans les pays voisins. Le marché des épouses entraîne la migration de mariage, et selon Isabelle Attané, près de 8% des mariages célébrés dans la région de Taïwan impliquaient une épouse vietnamienne et un taïwanais. Si ces mariages sont lucratifs pour la famille de la jeune mariée, pour l’homme chinois, cela permet une union stable avec une femme respectueuse de ses valeurs traditionnelles communes qui a aussi moins de chance de revendiquer son autonomie qu’une jeune chinoise. Ainsi, selon les chiffres officiels, 17 963 femmes ont été enlevées et vendues en Chine en 2000.
Parmi les conséquences envisagées à long terme de la masculinisation de la société chinoise, les deux chercheuses Andrea den Boer et Valerie Hudson ont, dans leur essai-choc Bare Branches: The Security Implications of Asia's Surplus Male Population (les branches nues: conséquences pour la sécurité du surplus d'hommes en Asie), publié par MIT Press, élaborer une hypothèse catastrophique pour la sécurité mondiale. En effet, dans cette étude canadoaméricaine, il est expliqué que ce surnombre de mâle pourrait mener à la guerre. Dans l’histoire, disent-elles, les sociétés qui présentaient un surplus d’hommes ont toujours été plus violentes et plus belliqueuses. Les psychologues Neil I. Wiener et Christian G. Mesquida de l’université York de Toronto croient aussi qu’il y a lun ien important entre une surpopulation de jeunes hommes et la guerre. Cela n’est bien sur qu’une hypothèse, mais cela aurait de grandes conséquences pour l’ordre mondial étant donné la place que prends la Chine au sein des marchés mondiaux et aussi du point de vue de la politique internationale.
Une chose est sûre, les candidats devront être plus patient avant de trouver une épouse, et seront globalement plus âgés à leur mariage. Selon certains démographes, la Chine ne connaîtra peut-être jamais la croissance tant redoutée il y a quelques années puisque selon un rapport de l’ONU, il va amorcer une décroissance à partir de 2030. A ce rythme, la Chine sera dans les années à venir rattrapée par l’Inde qui, d’après les estimations onusiennes, comptera 200 millions d’habitants de plus que sa voisine en 2050.
4. Les tentatives politiques pour résorber le manque de femmes Les autorités des pays concernés, conscientes de la gravité de la situation, tentent des réponses politiques afin d’endiguer le déficit de filles. Isabelle Attané explique, dans le numéro 51 de la Chronique du Centre Population et développement paru en mai 2006, qu’en Chine, «diverses lois datant des années 1990 interdisent toute discrimination ou mauvais traitement à l’encontre des filles (infanticide, abandons) de même que la détermination prénatale du sexe et la pratique d’avortements sélectifs. En Inde, le «Prenatal Diagnosis Techniques Act» interdit également, depuis 1994, ces diagnostics prénatals. D’autres initiatives existent, visant à promouvoir plus directement le statut des femmes. La campagne pour « Plus de considération pour les filles » lancée en Chine en 2001, cherche à promouvoir l’idée d’égalité des sexes, notamment dans les manuels scolaires, et à améliorer les conditions de vie des familles n’ayant que des filles. Ainsi, dans certaines régions, les couples concernés bénéficient par exemple d’un fonds de soutien et sont exemptés d’impôts agricoles et de frais de scolarité obligatoire pour leurs filles, jusqu’à ce qu’elles soient en âge de se marier». Par ailleurs, le gouvernement chinois a mis en place un programme, dont l’échéance a été fixée en 2010, afin de faire retomber le rapport de masculinité des naissances à un niveau normal. Pourtant, plus de dix ans après l’adoption des lois interdisant, en Chine comme en Inde, la pratique d’avortements sélectifs, ceux-ci ne cessent de se développer. Les lois continuent d’être violées, et ce, malgré les menaces qui pèsent sur les contrevenants. En Chine, corruption aidant, la détermination prénatale du sexe reste un service largement proposé. Les lois, donc, ne suffisent pas.
Malgré les tentatives politiques pour réduire ce déficit, le gouvernement chinois a tout de même adopté à la fin de 2002, la «Loi sur la population et la limitation des naissances», qui réaffirme le principe d’un enfant par couple, bien que celle-ci soit beaucoup moins stricte qu’autrefois. Le gouvernement chinois accorde énormément d’importance à la planification des naissances car il craint que la population immense et en pleine croissance de la Chine ne mette en péril les acquis des réformes économiques. Cette politique demeure néanmoins l’un des facteurs aggravant de la situation, puisque les traditions et les mentalités bien ancrées ne changeront pas par magie, et le désir d’avoir un fils est tel que, si l’on ne peut qu’avoir un seul enfant, autant que ce soit un fils. Moins stricte que les précédentes politiques cependant, la nouvelle loi permet néanmoins la possibilité d’avoir un deuxième enfant si le premier est une fille. La survie du deuxième enfant de sexe féminin est donc d’autant plus compromise s’il y a déjà présence d’une soeur aînée. Dans ces sociétés, les valeurs patriarcales sont si profondément ancrées dans les mentalités qu’il faudra certainement attendre plusieurs générations avant que, l’amélioration du statut de la femme aidant, les couples ne finissent par devenir indifférent au sexe de leurs enfants
Conclusion Comptant 1,3 milliards d’habitants en 2005, la Chine d’aujourd’hui est donc confrontée à plusieurs défis majeurs : le déséquilibre numérique entre garçons et filles. Ce bouleversement démographique aura des conséquences très graves sur le développement social du pays puisque celui-ci doit aussi faire face au vieillissement de sa population et à la décroissance démographique.
La Chine qui s’annonce est en effet un pays qui vieillit prématurément. Elle compte actuellement 8% de plus de 60 ans, soit 100 millons. En 2035‚ 27% des Chinois – soit près de 400 millions – auront dépassé la soixantaine. En revanche‚ la proportion des moins de quinze ans sera tombée à 16% (200 millions)‚ soit une perte de 100 millions sur ce qu'elle est aujourd'hui. Comme l’explique Isabelle Attané, la solidarité familiale sur laquelle reposait le confucianisme auparavant, ne pourra plus prendre en charge le vieillissement. Elle ajoute aussi que la réduction du nombre d’enfants, combiné avec l’allongement de l’espérance de vie font en sorte que chaque enfant unique masculin doit s’occuper de ses deux parents ainsi que plusieurs grands-parents encore en vie.
La Chine devra donc revoir son système de retraite et le rendre accessible à tous. L’éparpillement des familles obligera aussi le développement des services à domicile, de même qu'à la création d'établissements d'hébergement sur une grande échelle. Le problème actuel est que le secteur de la santé chinois se privatise progressivement et que les inégalités se creusent dans l’accès aux soins de base. Pour faire face aux conséquences qu’entraînera le manque de femme, la Chine devra reconstruire une économie des services publics. Ce dont elle n'a pas encore pris conscience‚ ni mesuré le coût.
Pour plus d'informations
ATTANÉ Isabelle, «L’Asie manque de femmes», Le Monde diplomatique, Juillet 2006. En ligne: http://www.monde-diplomatique.fr/2006/07/ATTANE/13601
ANDRIEU Michel, «La démographie en Chine : une bombe à retardement», Le nouvel observateur, Octobre 1999, page 34, En ligne :
http://www.observateurocde.org/news/fullstory.php/aid/20/La_d%E9mographie_en_Chine_:_une_bombe_%E0_retardement.html
CHICOINE Jean-François, «Et le bébé chinois…», Paediatrics & child healt,
Official Journal of the Canadian Paediatric Society, Mai/Juin 2001, Volume 6, Numéro 5, En ligne : http://www.pulsus.com/Paeds/06_05/chic_ed.htm